Le coup médiatique de Nicolas Hulot est une réussite incontestable... pour lui. Mais
cela va-t-il dans l'intérêt de la nation, voire de notre planète ? Je crains que non.
En imposant aux candidats des partis les moins extrèmes de signer son pacte pour éviter sa candidature, il n'a fait qu'etouffer le débat sur l'écologie en gommant les
différences majeures entre droite et gauche à ce sujet.
Ainsi, si Sarkosy et la droite devaient l'emporter, la politique de ces dernières années serait maintenue, avec des conséquences relevant d'une irresponsabilité insupportable.
L'exemple des bio-carburants est le plus flagrant.
Le gouvernement a attendu la dernière limite pour corriger la loi qui n'était pas en adéquation avec la directive 2003/30 de l'Union européenne, tout en mettant en place une fiscalité en contradiction totale avec celle-ci.
Le gouvernement essaie de promouvoir le super-éthanol (E85) qui, contrairement au Brésil, nécessite en France d'utiliser de l'énergie fossile pour sa production ; mais surtout, ne permet pas de réduire le volume de pétrole raffiné sur notre territoire. Ainsi, produire de l'éthanol revient à produire plus d'essence inutilisée qui, au final, sera exportée. Cela impose également de changer le parc de voitures à essence, ce qui constitue une manne gigantesque pour les constructeurs d'automobiles. Les enjeux de cette politique sont donc essentiellement financiers.
L'État promeut également les diesters qui ne sont rien de moins que des huiles que l'on dénature par adjonction de méthanol, en appauvrissant leur rendement énergétique.
On pourrait se demander quel intérêt il y a à réduire la performance d'un carburant qui peut être utilisé pur (voir l'expérience de la communauté de communes de Villeneuve/lot initiée par son maire socialiste, Jérôme Cahuzac). La réponse est principalement fiscale : en 2005, le gouvernement a rejeté un amendement PS visant à légaliser l'utilisation d'huile pure dans les moteurs diesel en arguant simplement qu'on ne pouvait pas appliquer la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) à l'huile végétale pure. Un an plus tard, contrainte par les dates butoirs de la directive 2003/30, l'assemblée a voté un amendement autorisant l'usage des HVP uniquement en auto-consommation chez les agriculteurs et pour les collectivités locales signant un accord d'expérimentation avec l'État. Mais pour ces dernières... il impose le paiement de la TIPP !!!
Sarkozy ne peut pas s'affranchir du bilan néfaste de la droite car, en tant que ministre de l'intérieur, il ne peut pas ignorer la démarche du préfet de Lot & Garonne qui, agissant sur ordres, a poursuivi la communauté de Villeneuve sur Lot en justice pour tenter de l'empécher de démontrer qu'il existe des solutions autrement plus efficaces que celles pratiquées par le gouvernement et l'UMP pour produire des bio-carburants.
Ainsi, Nicolas Hulot a torpillé le débat en occultant les terribles différences entre droite et gauche. En effet, en promouvant un développement intelligent des HVP en France, on pourrait réduire à 0 le bilan des émissions de CO2 dans notre pays. Or le « pacte écologique » ne consacre que deux pages très superficielles aux bio-carburants. soit il ne connaît rien au sujet, soit il a choisi de se taire, ce qui serait d'autant plus grave.