On nous assène souvent que la régression sociale actuelle est la conséquence de la mondialisation.
Il est un exemple flagrant où cette assertion est fausse : les transports. Comment un ouvrier chinois pourrait-il avoir une incidence sur un train qui se déplace en France ?
Pourtant, jamais la SNCF n'a été autant la proie d'une destruction sociale qu'actuellement. Celle-ci est sournoise et repose sur l'application d'un argument que l'on ne combat pas assez : la concurrence.
Au nom de ce principe que certains sanctifient alors qu'il symbolise l'âge de pierre des échanges commerciaux, la direction de la SNCF segmente, filialise, et prépare le terrain pour une explosion finale que personne ne saurait dater mais qui se produira de toute façon sur l'autel du libéralisme pour le plus grand plaisir d'intérêts privés qui s'empareront du gâteau qui ne bénéficiait jusqu'alors qu'à l'État, c'est à dire à l'ensemble des citoyens.
Petit rappel historique : la SNCF est née de la fusion de l'ensemble des compagnies de chemin de fer alors en crise. Le rail coûtait trop cher face à la route ; l'État a donc dû intervenir. Cette union a fait la force de la SNCF de la fin du XX° siècle, celle du TGV et du reccord du monde de vitesse sur rail.
Aujourd'hui, nous, citoyens, sommes en train de nous faire voler cet outil collectif par des capitalistes qui n'ont aucun sens de l'intérêt général, au moment même où le rail devrait jouer un rôle majeur dans la lutte pour la préservation de notre environnement.
L'exemple de la filiale de la SNCF "Naviland Cargo", ex-CNC (spécialisée dans le transport de conteneurs) est de loin le plus édifiant de tous mais illustre l'ambiance délétère qui règne à la SNCF.
En 2003, le chiffre d'affaire de la CNC était de 165 millions d'euros. Elle possédait près de 4000 wagons et utilisait 26 terminaux de chargement de conteneurs. Elle employait 583 personnes sous statut SNCF. Une opération de "destruction massive" de cette filiale a été opérée (en plus de l'angilicisation du nom, symbole pathétique) entre 2004 et 2006 : suppression de plus de 60% des effectifs, du matériel roulant et des terminaux. Le Chiffre d'affaire a chuté également de 60%, tombant à 65 millions d'euros ; autant de containers qui ont sans doute pris la route au lieu du rail...
Crise du ferroutage ? Pas du tout !
Désormais, Naviland Cargo embauche plus de 100 cheminots. Après la purge, la renaissance. Oui, mais attention ! Le président de l'ex-CNC prévient : ce sera « aux conditions de travail de
Naviland Cargo » ; comprendre que les nouvelles recrues travailleront plus... Ainsi, pour répondre aux contraintes de la concurrence et de la rentabilité, on vire les anciens et leurs conditions sociales "trop humanistes" pour les remplacer par des employés corvéables à merci... et tant pis pour la qualité.
Cet exemple symbolise parfaitement la déchéance de notre société, induite par le modèle ultra-libéral.
Sources : "La vie du rail", notamment n°2842 du 25/4/07, p. 7.